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#1 Edito - Construire durable sous climat chaud

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L’ambition de ce dossier vise à rassembler une série de témoignages qui illustrent, dans toutes leurs dimensions, les défis relatifs à la question constructive en climat chaud. Dans la mesure où le concept de « climat chaud » ne figure pas dans les typologies traditionnellement utilisées par les climatologues, il convient, en préambule, de présenter les raisons qui ont motivé le choix d’un tel périmètre géographique.

Climats chauds : de quoi parle-t-on ?

 

La zone climatique chaude considérée dans le cadre de ce dossier correspond peu ou prou aux régions du monde dont le climat est, au sens de la classification de Köppen, un climat soit équatorial, soit de mousson, soit de savane, soit désertique chaud, soit semi-aride chaud.

 

Ce choix de périmètre tient en premier lieu au fait que les régions chaudes concentrent une importante part de la population mondiale :

 

la ceinture intertropicale (qui ne constitue donc qu’une partie de la zone « climat chaud ») regroupe à elle seule près de 40 % de la population de la planète, et selon les prévisions, cette proportion atteindra 60 % en 2060.

 

De manière analogue, la part de la population vivant dans les régions chaudes augmentera vraisemblablement, sous les effets conjoints du changement climatique, qui est à l’origine d’une hausse des températures et in fine d’une extension de cette zone de climat chaud, et de l’accélération de la croissance démographique qui concerne particulièrement ces régions du monde, qui n’ont pas, pour la plupart, achevé leur transition démographique.

 

En second lieu, l’intérêt de traiter le sujet de la construction sous les climats chauds se justifie par une certaine cohérence globale des enjeux sociaux, économiques et environnementaux relatifs à la question constructive au sein de ces aires géographiques, qu’il apparaît pertinent de mettre en exergue dans le cadre d’un dossier dédié.

 

D’une part, ces régions partagent la caractéristique de connaître des températures moyennes annuelles élevées, ce qui a des conséquences sur les pratiques constructives mises en œuvre :

 

à titre d’exemple, le bâti bioclimatique de la zone tropicale humide, comme celui de la zone aride chaude, privilégie des pratiques visant à réduire le recours à des procédés artificiels et énergivores de ventilation, en favorisant une atteinte naturelle du confort hygrothermique.

 

Or, la réduction de l’empreinte environnementale du secteur de la construction, responsable à lui seul de près du tiers des émissions de gaz à effet de serre mondiales, passe (entre autres), dans l’ensemble des régions chaudes, par une réduction du recours à la climatisation.

 

D’autre part, il convient également de noter certaines similitudes dans les conditions socioéconomiques des populations vivant sous un climat chaud :

 

les pays en développement sont pour une grande majorité d’entre eux, sur tout ou partie de leur superficie, concernés par un climat qui peut être qualifié de « chaud ».

 

Ces pays sont de surcroît ceux qui connaissent les plus forts taux de croissance de leur démographie. L’enjeu relatif à la construction de logements nombreux, confortables et accessibles, apparaît dès lors d’autant plus prégnant.

 

Construire durable sous-climats chauds, à la croisée des questions socio-économiques et environnementales

 

 Dans la mesure où les régions chaudes concentrent les populations parmi les plus vulnérables sur les plans social et économique,

 

l’adaptation du bâti aux contraintes que cette vulnérabilité induit, constitue l’une des réponses aux défis actuels et futurs que pose l’intensification du dérèglement climatique.

 

Ce dossier n’a finalement pas tant pour vocation première à présenter l’ensemble des solutions qu’il est possible de mettre en œuvre afin de réussir la transition écologique du secteur de la construction dans les régions chaudes ;

 

il entend plutôt, à travers la présentation de cas concrets et d’avis d’experts, montrer de quelle manière cette transition se situe à l’interface d’enjeux sociaux, économiques et environnementaux qui sont communs à l’ensemble des régions chaudes de la planète.

 

Ces témoignages sont d’autant plus précieux à l’heure du changement climatique, puisque celui-ci soumet également les pays développés à des canicules croissantes au sein desquels il deviendra prioritaire de régler la problématique du confort d’été sans recours systématique à la climatisation.

 

Résilience et économie circulaire

 

Cette transition écologique du secteur de la construction en climat chaud doit être pensée comme un moyen garantissant une meilleure résilience des territoires et des populations, et, à cet égard, elle ne peut se concevoir exclusivement à l’échelle du bâtiment.

 

De fait, elle doit être mise en œuvre au travers d’une triple approche à la fois à l’échelle de l’urbanisme (rationalisation, économie des espaces bâtis, création d’un cadre de vie urbain durable, sensibilisation aux questions environnementales, renforcement des liens entre habitat et espace public, mobilisation de « circuits courts », etc.), du bâtiment (techniques de constructions et forme du bâtiment adaptées aux ressources, à l’utilisation, et au contexte, etc.), des matériaux (origine, disponibilité, qualité et sécurité, caractéristiques isolantes, facilité de pose, etc.).

 

La question de l’origine des matériaux, au regard des volumes de déchets générés par le secteur de la construction, est particulièrement prégnante :

 

le succès de sa transition écologique dans les régions chaudes dépendra notamment d’une meilleure réutilisation des déchets de chantier.

 

Par ailleurs, la filière du bâtiment pourrait davantage contribuer au développement économique des territoires, et diminuer son impact sur les paysages et l’environnement, si l’amont de la chaîne de valeur, c’est-à-dire le maillon qui concerne l’approvisionnement en ressources, était local.

 

A ce titre, de tels aspects sont naturellement abondamment développés dans les interviews et les études de cas du présent dossier.

 

Entre innovation et procédés traditionnels

 

 L’adaptation des constructions en régions chaudes revêt en outre un fort enjeu sociologique.

 

Au-delà de la question essentielle relative à la nécessité d’offrir aux occupants le confort qu’ils sont en droit d’attendre, le bâti constitue un marqueur identitaire de premier plan, notamment dans les pays au sein desquels le développement économique a parfois vu disparaître une grande partie des constructions traditionnelles.

 

La transition écologique du secteur de la construction, telle que présentée dans ce dossier, entend donc valoriser, au même titre que les projets innovants et disruptifs, les architectures vernaculaires des pays du Sud, qui recèlent des enseignements en matière d’adaptation naturelle au climat, alors qu’aujourd’hui la climatisation, comme le chauffage ou l’éclairage des logements, se font le plus souvent de manière artificielle.

 

Que ce soient des procédés de ventilation, de bris de lumière ou des dispositions optimales des pièces selon un ordre mûri au fil des temps, les exemples de techniques ne manquent pas et fournissent des pistes architecturales qui, aujourd’hui, sont parfois délaissées.

 

Nomadéis, bureau d’études spécialisé dans le domaine de la construction durable, avait ainsi relevé, dans un rapport réalisé pour le compte de l’ARENE Ile-de-France en 2011, que, pour de nombreux pays en développement, l’adaptation du bâti aux contraintes naturelles et climatiques passe également par une redécouverte de savoir-faire traditionnels et revêt de fait un fort enjeu économique, puisqu’elle permet d’envisager la création d’emplois locaux.

 

Parmi ces savoir-faire développés au cours du temps, certains ont été spécifiquement conçus pour s’adapter aux contraintes climatiques et environnementales extrêmes.

 

Elles restent aujourd’hui pertinentes, notamment dans une logique de redécouverte de la manière dont les bâtiments peuvent être conçus en incluant soit une anticipation, soit une forme de résistance aux catastrophes naturelles (les régions de climat chaud étant notamment concernées par les sécheresses et les inondations, dont la fréquence et l’ampleur sont susceptibles de s’intensifier du fait du changement climatique).